Compagnons d'un jour

Mon avis de lectrice sur quelques livres au gré de mes envies.

Une dernière danse de Victoria Hislop - Ed. Les Escales

La dernière danseAprès Chypre et Crète, voici le tour de l’Espagne et mon engouement ne va qu’en s’accroissant !
Sur la forme
La construction est similaire aux oubliés de la Crète : jeune femme anglaise sur le point de quitter son compagnon et allant, sans s’en douter, à la découverte de ses origines, avec une large partie centrale consacrée à celles-ci.
Sur le fond
Alors que je savais les horreurs, je n’ai jamais tant appris sur la guerre d’Espagne et les divisions qu’elle a pu engendrer au sein même des familles ! Le camp de réfugiés établi sur la côte française sud m’a fait penser à l’actuelle jungle du nord de la France, impliquant également l'Europe, 80 ans plus tard !
Les nombreuses descriptions de musique et de danse, notamment flamenca et flamenco nous transportent d’abord dans l’allégresse puis nous font ensuite presque oublier la guerre et le Franchisme. Les atmosphères des rues et des bars de Grenade sont excellemment bien rendues. Mercedes et Javier sont magnifiques.

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Encore une danse de Katherine Pancol - Ed. Fayard

9782213597478 t 0 1J’ai tellement aimé Un homme à distance - je viens de le relire - que je n’ai pas trop hésité devant Encore une danse – écrits tous les 2 autour des années 2000 avec un nombre raisonnable de pages, contrairement aux 2 dernières trilogies de l’auteur.
Sur la forme
Si Un homme à distance est cadencé par un échange épistolaire, Encore une danse porte bien son titre : 1 danse et une seule où tout nous est livré sans aucune pause (pas de chapitres), du coup on va toujours plus loin mais on peut s’y perdre !
Sur le fond
Avec l’évocation dérangeante de pédophilie, de prostitution, de Sida, de coucheries et de tromperies peu avouables, Katherine Pancol nous dresse ici le portrait d’une bande de jeunes à travers les amitiés, les affinités et les jalousies internes. On n’y apprend pas grand-chose !

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L'île des oubliés de Victoria Hislop - Ed. Les Escales

9782253161677 001 t 1Ma dernière lecture de la Ville orpheline du même auteur m’a conduite à celle-ci pour laquelle les critiques étaient meilleures. Effectivement, le romanesque y est bien plus habilement manié, du moins dans les 90% de l’histoire (60 premières années du 20ème siècle). Le personnage de Maria est plus particulièrement attachant. En revanche, j’ai trouvé que les interrogations amoureuses d’Alexis ainsi que son métier d’archéologue sur lesquels reposent le début et la fin du livre ont peu à voir avec son fil conducteur.

J’ai aimé toute la partie qui traite de l’île de Spinalonga, des relations humaines qui s’y développent en autarcie et des informations médicales données sur la lèpre et sur lesquelles je ne m’étais jamais attardée.  Ce roman permet de comprendre ce que pouvaient être nos hameaux français encore appelés des maladreries : quartiers de la honte réservés aux lépreux.

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La ville orpheline de Victoria Hislop - Ed. Les Escales

9782253194422 001 t 1L’avis sur ce livre peut être très contrasté suivant l’angle sous lequel on l’aborde.
Sous l’angle romanesque
Avec un début trop long dans l’opulence d’un grand hôtel chypriote, on ne s’attache pas aux personnages tous plus narcissiques et pollués par l’argent les uns que les autres dans un univers de luxe hors de la vraie vie. Puis subitement, peu de temps avant le conflit greco – turc, une liaison s’instaure entre deux protagonistes – concurrents dans les affaires - la femme du propriétaire de l’hôtel, délaissée par son mari et son bras droit, brillant responsable du night-club de l’hôtel-. La narration est sans émotion sur cette liaison qui se trouve vite abrégée par le conflit.
Sous l’angle historique
Si l’on considère l’ancienne station balnéaire de Famagouste (nec plus ultra des années 70 en Méditerranée) et sa population (grecs orthodoxes et turcs musulmans vivant en parfaite harmonie) comme personnage principal, alors l’auteur réussit à nous attendrir sur l’état désastreux dans lequel le conflit conduit la ville à un statut de no’-mans land, malheureusement encore d’actualité en 2016. L’entraide entre les 2 communautés chypriotes est bien rendue, la coupure de l’île en 2 parties et les conséquences de la guerre civile également : pillage, trafic, faim, cruauté des militaires…

Finalement malgré une histoire médiocre, j’ai beaucoup appris sur ce pan d’histoire. Je compatis à la tristesse que l’on peut ressentir devant cette ville située dans un cadre idyllique mais abandonnée et interdite d’accès par l’armée turque.
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Celle qui écrivait des poèmes au sommet des montagnes de Nicolas Fougerousse - Jouvence

Attirée par le graphisme de la couverture - page d’écriture incrustée dans la montagne - et par le contenu de la quatrième - suspense autour d’un message déposé sur un pare-brise -, je suis néanmoins déçue.
Sur la forme
Malgré des chapitres courts qui donnent du rythme et quelques schémas qui enrichissent le texte, l’insertion d’évènements à des dates non chronologiques perturbe à plusieurs reprises la compréhension. L'introduction des notes de bas de page avec renvoi sur Youtube ou d'autres livres chez le même éditeur est très dérangeant !
Sur le fond
Ce livre n’a de roman que le nom. Le semblant d’histoire et de personnage principal n’est là que pour assommer le lecteur de recettes de développement personnel oh combien éprouvées, du moins par celui qui s’y intéresse. Le pardon accordé par Sarah à Angelo est tout à son honneur, en revanche quel est l’intérêt de révéler à son fils, Marcus, son intimité de femme et de mère alors que celui-ci n’est pas concerné : sinon de le déstabiliser un peu plus ! Quant à la promesse de poèmes, ils s’avèrent rares.
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Je voulais retrouver ma mère de Saroo Brierley - City Editions

Une histoire extraordinaire, un témoignage touchant, un récit de vie humble. De son pays adoptif, l’Australie, Saroo nous emmène aux antipodes : au cœur de l’Inde, son pays d’origine, avec toutes ses contradictions. Pour ceux qui aiment les cartes et la géographie comme moi, les recherches de Saroo sur Google Earth pour retrouver sa famille sont des plus excitantes et sont retransmises comme telles au lecteur. Cette quête minutieuse est captivante. Un petit bémol, le retour de Saroo à Calcutta pour aller jusqu’au bout de sa démarche (dernier chapitre) m’a paru par certains côtés une redite.
Sur la forme : je me suis posée la question de l'absence d'une carte  dans le livre mais tout compte fait cette absence m'a incitée à entreprendre un bout de voyage sur internet, tout comme Saroo !

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L'appartement oublié de Michelle Gable - Ed. des Falaises

Appartementoublie b 1 J’ai été fascinée par un article de presse sur la découverte en 2010 d’un appartement, Square La Bruyère à Paris dans le IX ème arrondissement (La nouvelle Athènes). Celui-ci appartenait à une courtisane de la fin du XIXème siècle, qui se faisait appeler Marthe de Florian et dont la petite-fille avait quitté Paris lors de la seconde guerre mondiale, y abandonnant tout le mobilier sans jamais y revenir jusqu’à son décès en 2010.
Le roman de Michelle Gable s’inspire de cet évènement, en alternant l’histoire de cette femme des années 1900 et celle d’une autre femme, April, commissaire-priseur américaine chargée d’évaluer ce patrimoine d’exception.
Sur la forme
L’alternance des 2 histoires est bien cadencée tous les 2 chapitres, chacun de 3 à 5 pages sur un tout de 500 pages ! Le petit livret encarté à la fin de l’ouvrage retraçant la véritable découverte de l’appartement et l’expertise par Marc Ottavi du tableau de Giovanni Boldini est une très belle surprise avec des photos d’époque. Le style est abordable par tous.
Sur le fond
Alors que l’histoire romancée de Marthe et de ses descendants à travers son journal intime m’a tout autant fascinée que l'article de presse préalable à la lecture, l’histoire d’April m’a paru composée de clichés afin d’établir maladroitement un parallèle ou plutôt un lien avec celle de Marthe. Ceci dit, sa découverte personnelle de l’appartement, du mobilier, des lettres, du tableau de Boldini et de tout ce qu’ils véhiculent dans l’imaginaire est savoureuse et pleine de rebondissements absolument inattendus. 500 pages, c’est un peu long mais je garde un bon souvenir de ces instants de lecture.

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Les années d'illusion de A.J. Cronin - Editions C.L.M. Bruxelles

9782253006169 t 1Ce livre m’a été offert. Tiré à 3000 exemplaires par l’imprimerie L.F. DE VOS à Anvers, il est le n° 1043 (sans date).
Duncan, poliomyélite et issu d’un milieu modeste écossais a pour ambition de devenir médecin dès son plus jeune âge. Il se bat à la fois contre son infirmité, sa mère et son entourage pour atteindre son but et rien ne l’arrêtera.
J’ai été surprise par cet écrivain anglais dont l’œuvre romanesque s’étale sur un demi-siècle, de 1930 à 1980.
Lui-même médecin en neurologie, il est difficile de faire la part entre la fiction et l’autobiographie. Difficile également pour qui ne connait pas sa nécrologie de déterminer l’époque dans laquelle s’inscrit le roman. On devine que nous sommes aux prémisses de la neurochirurgie qui relève plus ici du miracle effectué par un guérisseur que du plan d’action méthodique d’un médecin, du moins tels que sont narrés les différentes situations rencontrées dans le livre (opération du bras de Duncan qui retrouve toute sa mobilité, recomposition de la colonne vertébrale du Dr Murdoch).
Tout l’intérêt de l’histoire se trouve dans l’intemporalité des personnages :
- Duncan, très ambitieux mais courageux qui finit par revenir à sa vocation première : celle de terrain et de médecin des pauvres
- Anna, grande chirurgienne mais manipulatrice au sens propre comme au sens figuré
- Margaret et Euen, puants de par leur statut social…
Une fin un peu trop fleur bleue à mon goût : ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ! En revanche, des lieux qui m’ont enchantée. Le tout étant sans conteste à resituer dans son époque, cette lecture m’a été agréable.


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Les brumes du Caire de Rosie Thomas, traduit par Marie-Axelle de La Rochefoucauld

Les brumes du Caire_c1Après le châle de Cachemire, je n’ai pu résister devant les brumes du Caire, la démarche de Rosie Thomas et sa narration alternée entre générations étant la même dans les 2 romans. J’ai toutefois préféré le châle de Cachemire pour lequel j’avais développé une véritable fascination.
J’ai aimé l’histoire d’Iris dans cette ville du Caire, malgré la guerre, mais je m’y sens bien moins attirée aujourd’hui avec cette grisaille et odeur de carburant à travers les déambulations de Ruby, en pleine crise d’adolescence – je n’ai pas trop accroché sur le personnage - et ce, malgré la présence des mythiques pyramides. L’escapade des amants des années 40 dans le désert m’a transportée alors que celle de la grand-mère et de sa petite fille m’a épuisée ! J’aurais aimé en savoir plus sur Iris dans l’exercice de sa profession de médecin. Sa maison au Caire, quant à elle, m’a moins envoutée que le châle de Cachemire.
L’excellente qualité de la traduction de Marie-Axelle de La Rochefoucauld reste d’actualité pour transmettre avec précision la belle écriture de Rosie Thomas dans l’alternance de ses personnages.

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Dans la chaleur de l'été de Vanessa Lafaye - Ed. France Loisirs

Dans la chaleur de l ete 1Qu’attend-t-on pour mieux promouvoir cette fresque !
Sait-on en France, que des centaines de petites îles prolongent la Floride : les Keys ? Sait-on qu’au même titre que l’arc antillais, cet archipel peut subir des ouragans dévastateurs ? Sait-on qu’un bon nombre de soldats de nationalité américaine a été envoyé au front de14-18 en France ? Connait-on ce scandale concernant l’abandon de ces soldats à leur retour dans leur pays par le gouvernement américain  ? Sait-on que Katrina en Louisiane n’est pas le premier cas de mauvaise gestion de crise de la part de l’état américain au point de vue de l’anticipation des évènements mais également au point de vue d’une ségrégation primaire, raciale et sociale ?

Pour ma part, je ne savais pas tout cela. Et puis, j’ai retrouvé dans cette histoire ce que pouvait être la vie aux Antilles françaises dans l’entre-deux guerres, je suppose qu’elle ne devait pas être bien éloignée de celle des Keys ! Et la violence de cet ouragan décrite magistralement ! Bravo et merci à Vanessa Lafaye pour ce roman, le premier ! Un écrivain à suivre sans conteste.

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